Si vous suivez l’actualité des bibs en France, vous aurez certainement entendu parler de l’affaire / non-affaire de la bibliothèque municipale (BM) de Toulouse. Voici de quoi il s’agit, en très bref (et vu de l’extérieur): au lieu de nommer un conservateur à la tête de la BM de cette ville, c’est un gestionnaire (un administrateur territorial, pour être précis) qui a obtenu le poste de direction.
Cette décision – une première si je ne me trompe pas – a déclenché une série de réactions (liste non exhaustive):
Les plutôt contre
- La direction de la BM de Toulouse sous surveillance (Enssib)
- L’administrateur en BM… Quelle histoire ! (Le dindon travesti)
Les plutôt pour (#maisonattenddevoirtoutdememe)
- Bienvenue à Toulouse (Nicolas Morin)
- Chronique d’un échec annoncé… (Olivier Tacheau)
- De quoi les bibliothécaires sont-ils des professionnels ? (Rémi Mathis)
- Pourquoi un administrateur à la direction d’une bibliothèque est une bonne chose (Des Bibliothèques 2.0)
Difficile pour moi de comparer avec notre situation (#Belgique): d’une part je ne connais pas les procédures de nomination et d’engagement en vigueur dans les bibs publiques belges, d’autre part – si je ne m’abuse – dans les bibliothèques universitaires (BU), il n’existe pas de titre requis officiel, ça se passe “comme dans le privé” (très gros guillemets et italique de rigueur), vous envoyez votre candidature, vous passez quelques tests et interviews, etc.
Mais ce ne sont pas les procédures d’engagement qui alimentent le principal débat, ce sont de vraies questions de fond sur nos métiers (pas neuves, mais parfois il est bon de les rappeler ou de les sortir du carcan tabou). Des questions et des constats qui ont valeur universelle.
En résumé…
- Si cette personne convient, où est le problème?
- Si, en plus, cette personne se révèle compétente, où est le problème?
- Si ça marche, tant mieux pour tout le monde!
- Est-ce que le personnel appartenant à la caste des bibliothécaires peut prouver [N.M.] réellement et concrètement son apport à la profession et à son développement?
- “Si la nouvelle directrice s’en sort, alors mettons-nous vraiment à réfléchir à la formation de conservateur et arrêtons de penser que le titre seul nous fait tous compétents ou que les conservateurs doivent devenir des chercheurs à la petite semaine [...]” [O.T.]
- Cette nomination est un signe à ne pas négliger. “[...] nous ne sommes plus en 1960. Le contexte a changé, le public et les possibilités de se documenter aussi. Il n’est pas possible de répondre que les bibliothèques sont formidables et qu’elles s’adaptent remarquablement à ceux qui pensent le contraire et ont du pouvoir sur elles. [...] quelle est la valeur ajoutée d’un bibliothécaire ou d’un conservateur en bibliothèque?” [R.M.]
- “Je crois que le modèle “binome administrateur-métier” est tout a fait pertinent [...]. Je crois qu’à défaut d’un binome, qu’une administratice viennne 3-5 ans remettre de l’ordre dans une structure qui en a bien besoin est un excellente chose.” [Db2.0]
Pourquoi je suis d’accord (ici et maintenant):
- Parce que je n’ai pas été “élevé” dans le sérail bib – même si j’ai – en plus de ma formation initiale (information & communication) – un “diplôme infodoc” (en Belgique francophone en tout cas, tout le monde ou à peu près peut en avoir un, faut pas rire), mon parcours ne se réduit pas à cet univers
- Parce que nous sommes nombreux à constater presque quotidiennement combien un responsable qui n’est pas à la hauteur (et je ne parle pas du mien, bien sûr) peut engendrer et alimenter dans un service ou dans un groupe de travail: dysfonctionnements, malentendus, confusion, mauvaises pratiques, stagnation, frustrations. (Dans et hors les bibs d’ailleurs, il ne faudrait surtout pas croire que nous détenons la palme…)
- Parce que je suis un fervent défenseur du principe “la bonne personne au bon endroit”
- Parce que nous sommes nombreux, je pense, à être freinés, entravés dans nos aspirations professionnelles par des “conservateurs” (#jeudemotpourri) qui ne se rendent même pas compte qu’ils sont dépassés (et pour cause)
- Parce que je suis un adepte de la doctrine “la compétence avant tout” (peu importe la formation)
- Parce que [à vous de compléter]
Ce dont nos bibs ont le plus grand besoin, à mon humble avis?
- Des compétences et de l’intelligence humaine (#nomepris)
- De la structure et une organisation/gestion professionnelle (#noamateurs)
- Du réel et du concret (#noblabla)
- De l’imagination et de l’audace (#nolimite)
- De l’envie et de la passion (#nobureaucratie)
- De la curiosité intellectuelle et une ouverture d’esprit totale (#nocloisons)
- [à vous de compléter]

5 juillet 2010 at 12:08
Reste juste à savoir si les méthodes actuelles de gestion du personnel répondent aux besoins dont tu fais une liste et à laquelle j’adhère en totalité.
Pour moi, les méthodes de management actuelles inculquent à peu près le contraire. Alors qu’elles soient mises en oeuvre par un bibliothécaire, un administrateur, un enseignant ou qui que ce soit m’importent fort peu.
D’où l’avis que ce débat est mal posé, sur le contenant (le titre, le statut, la corporation) plutôt que sur le fond (l’action).
5 juillet 2010 at 12:27
Cracher dans la soupe est un sport bien français…mais je vois que l’on exporte nos pratiques.
Avant de trouver qu’un conservateur peut être remplacé a priori par n’importe qui, il serait de bon ton de comprendre pourquoi nous avons une filière des bibliothèques en France.
M. Morin, qui a goûté aux joies du privé (et qui en est revenu assez vite), va sans nul doute un peu vite en besogne lorsqu’il s’acharne ainsi sur la profession et l’enssib. Profession dont il garde néanmoins tous les avantages….
Estimer de facto que le conservateur se remplace par n’importe qui revient à nier toute démarche professionnelle de celui-ci, toute compétence. En poussant à l’extrême ce type de raisonnement, ne faudrait-il pas se demander pourquoi il faut des médecins dans un hôpital, pourquoi des ingénieurs dans une usine ? Est-ce que le conservateur (cadre catégorie A+ tout de même) serait à ce point médiocre ?
Ce qui m’étonne, c’est surtout qu’on ne vise là que les conservateurs, ceux qui dirigent. Le bibliothécaire est donc plus rutilant ? Le magasinier irremplaçable ?
Remettons les choses à leur place. Les conservateurs ne sont tout de même pas des “anonnants” du management. Ils ne sont pas aussi mauvais que certains aimeraient bien le faire penser.
Par ailleurs, je crois que nous ne posons pas les bonnes questions sur cette affaire de Toulouse. Au lieu de nous exciter sur les questions de profession et de professionnalisme, nous devrions nous pencher sur les motifs de cette nomination. Pourquoi cette personne-ci ? Qu’y a-t-il de si particulier à Toulouse ? Hein ? Je vous le demande… Cherchez bien, car ce que nous pensons être un débat de fond, relève sans aucun doute bien plus de la forme.
Mais ça, les toulousains le savent sûrement très bien. A commencer par M. Morin ?
5 juillet 2010 at 15:30
@fabrizio tinti :
Parce que… les arguments du type “on n’a jamais fait comme cela et on voit pas pourquoi il faudrait changer ” et “on a toujours fait comme cela et on voit pas pourquoi il faudrait changer” sont urticants au possible !
@âne au nymes :
Si personne ne nie qu’il faut des médecins dans les hôpitaux, des ingénieurs dans les usines et des conservateurs dans les bibliothèques…, ne faut-il seulement que cela à la tête ? Faut-il absolument être médecin pour diriger un hôpital ? Faut-il impérativement être ingénieur pour diriger une usine ? Non. Cette “nouveauté” (?) est en soi une expérience très… rafraîchissante (ici j’assume l’absence des guillemets) dans le monde des bibliothèques qui, quoi qu’on en dise, est et reste, sans mauvis jeu de mots, très conservateur.
De toute façon, que le poste de la direction soit occupé par un conservateur ou un gestionnaire ne change absolument rien au fait que si cette personne n’est pas bien secondée, pas entourée d’une équipe de professionnels du domaine (conservateurs et/ou bibliothécaires) compétents, elle risque de devoir faire face à bon nombre de difficultés.
Fervent défenseur également du principe “la bonne personne au bon endroit”, je souhaiterais surtout ne pas voir dans cette affaire une ixième illustration du Principe de Peter!
7 juillet 2010 at 09:52
juste en passant, mais les directeurs d’hôpital ne sont justement pas des médecins. cela dit ce sont des personnes spécifiquement formées à cette question et qui passent par une école : Ecole de la santé publique (je ne suis pas ûre du nom). Bref, pour que le conservateur puisse être gestionnaire, administrateur…peut-être faudrait-il des formations plus importantes au sein de l’Enssib sur ces questions. L’idée serait de poser dans la formation la question d’un management non pas d’une entreprise privée mais d’un service public, avec des valeurs fortes en terme de gratuité, d’engagement sur le territoire, d’égalité…sommes-nous, conservateurs, vraiment formés à cela ? Ne devrions-nous pas l’être ?
16 juillet 2010 at 15:27
[...] rester… Peut-être un début de réponse avec les 6 préconisations énoncées à la fin de ce billet ? A suivre ! « Chronique d’un [...]